Le double vitrage n’est pas, à proprement parler, imposé par un texte de loi. Aucun article du Code de la construction ne mentionne l’obligation d’installer du double vitrage dans un logement mis en location. Le cadre réglementaire vise un objectif plus large : la performance énergétique globale du bien, mesurée par le diagnostic de performance énergétique (DPE).
Un logement truffé de fenêtres en simple vitrage se retrouve presque systématiquement classé F ou G, ce qui le rend progressivement impossible à louer. La distinction entre obligation directe et conséquence indirecte change la manière dont locataires et bailleurs peuvent défendre leurs positions respectives.
DPE et calendrier d’interdiction de location : ce qui rend le simple vitrage intenable
La loi Climat et Résilience a introduit la performance énergétique comme critère de décence d’un logement. Le calendrier d’application est précis et déjà en cours.
- Depuis le 1er janvier 2023, un logement dont la consommation d’énergie finale dépasse 450 kWh/m²/an est interdit à la location en France métropolitaine, en application du décret n° 2021-19 du 13 janvier 2021.
- Depuis le 1er janvier 2025, tous les logements classés G au DPE sont considérés comme non décents et ne peuvent plus faire l’objet de nouveaux baux ou de renouvellements.
- Les logements classés F seront concernés en 2028, puis les logements classés E en 2034.
Le simple vitrage n’est donc pas juridiquement interdit. En revanche, un logement équipé majoritairement de fenêtres en simple vitrage obtient presque toujours un classement F ou G. Le remplacement du vitrage devient un levier quasi obligatoire pour maintenir le bien sur le marché locatif.

Ce mécanisme indirect piège les propriétaires qui espèrent contourner la question en améliorant d’autres postes (isolation des combles, changement de chaudière). Si les fenêtres restent en simple vitrage, le gain sur le DPE est souvent insuffisant pour franchir le seuil de la classe E.
Gel des loyers et passoires thermiques : la contrainte financière pour le bailleur
Au-delà de l’interdiction de location, les propriétaires de passoires thermiques subissent une autre restriction. Les logements classés F ou G sont soumis à un gel des loyers : toute révision à la hausse est bloquée, que ce soit lors d’un renouvellement de bail ou d’une remise en location.
Pour un bailleur, la situation crée un étau. D’un côté, les charges d’entretien et les taxes foncières continuent d’augmenter. De l’autre, le loyer reste figé tant que le logement n’atteint pas au minimum la classe E. Le remplacement des fenêtres en simple vitrage par du double vitrage représente alors un investissement dont le retour se mesure non pas uniquement en économies d’énergie, mais en capacité à relouer le bien et à ajuster le loyer.
Les retours terrain divergent sur le coût réel de cette mise à niveau. Le prix dépend du nombre de fenêtres, du type de menuiserie choisi (PVC, aluminium, bois), de la configuration du bâti ancien et de la nécessité ou non de reprendre les tableaux de maçonnerie.
Recours du locataire face à un logement classé passoire thermique
Un locataire occupant un logement dont le DPE est classé G depuis janvier 2025 (ou F à partir de 2028) dispose de plusieurs leviers juridiques. Le premier consiste à adresser au bailleur une mise en demeure par lettre recommandée, exigeant la mise en conformité du logement avec les critères de décence énergétique.
Si le propriétaire ne réagit pas, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire. Le juge peut alors ordonner la réalisation des travaux de rénovation énergétique sous astreinte, c’est-à-dire avec une pénalité financière par jour de retard. Il peut également réduire le montant du loyer tant que le logement reste non décent, voire accorder des dommages et intérêts au locataire pour le préjudice subi.
Un point souvent mal compris : le locataire ne peut pas exiger spécifiquement la pose de double vitrage. Sa demande porte sur la mise en décence du logement. C’est au propriétaire de choisir les travaux qui permettront d’atteindre le niveau de performance requis. Le bailleur reste libre du moyen technique, mais le résultat, le classement DPE, doit être conforme.
Loi Alur, décence et performance thermique : le cadre juridique précis
La loi Alur de 2014 a posé les bases de la notion de logement décent en location, incluant des critères d’étanchéité à l’air et de protection contre les infiltrations. La loi relative à la transition énergétique de 2015 a ensuite intégré la performance énergétique comme critère de décence à part entière. La loi Énergie-Climat de 2019 a fixé le seuil maximal de consommation au-delà duquel un logement est considéré comme indécent.
Cette superposition de textes crée une architecture juridique où la décence énergétique est devenue un critère aussi fondamental que la salubrité. Un propriétaire ne peut plus se contenter de fournir un logement sans fuite au toit et avec de l’eau chaude. Le bien doit aussi respecter un niveau minimal de performance thermique, vérifié par le DPE.

Pour les logements anciens équipés de simple vitrage, cette évolution réglementaire a un effet concret : même si aucune loi ne mentionne le mot « double vitrage », les fenêtres performantes sont devenues une condition de fait pour louer. Le propriétaire qui remet à plus tard le remplacement de ses menuiseries s’expose à la fois à l’impossibilité de louer et aux recours de son locataire actuel.
La question du financement reste un frein réel pour certains bailleurs. Des dispositifs d’aide à la rénovation énergétique existent, mais leur accessibilité et leur montant varient selon les revenus du propriétaire, la localisation du bien et le type de travaux envisagés. Les données disponibles ne permettent pas de conclure que ces aides couvrent systématiquement la totalité de l’investissement, en particulier pour les copropriétés où le remplacement des fenêtres nécessite un vote en assemblée générale.
Le double vitrage obligatoire en location est donc une réalité de fait, pas de droit. Le texte de loi ne le nomme pas, mais le calendrier du DPE le rend incontournable pour tout bailleur qui souhaite continuer à louer son bien dans les années qui viennent.

